La réforme du collège, encore une réforme ratée !

Capture d’écran 2015-09-01 à 17.59.10Encore une fois, le gouvernement nous impose des mesures catastrophiques qui ne répondent pas aux difficultés que nous traversons, et parfois même les aggravent… En décidant unilatéralement d’une réforme du collège qui entrera en vigueur dès l’année prochaine, la ministre Najat Vallaud-Belkacem démontre à nouveau le mépris généralisé des socialistes à l’encontre de ceux qui ne partagent pas leur idéologie. Près des deux tiers des Français rejettent cette réforme, tout comme la grande majorité des parents d’élèves, des enseignants, des syndicats, des associations et des élus.

Pourtant, une réforme majeure de l’éducation est nécessaire en France, si ce n’est urgente. Notre système éducatif souffre déjà depuis plusieurs décennies et l’école ne remplit plus son rôle tant elle apparait inefficace et inégalitaire. Inefficace car 20 à 30% des élèves qui entrent au collège ne maîtrisent pas les acquis fondamentaux en lecture et en mathématiques, que chaque année 150 000 jeunes quittent le système scolaire sans qualification, et que des centaines de milliers sont confrontés au chômage bien que diplômés. Inégalitaire car l’ascenseur social est en panne depuis plus de cinquante ans, empêchant alors la mixité et la mobilité si nécessaires pour la cohésion de notre société. La reproduction sociale entretenue par notre système éducatif n’a pas diminué malgré la démocratisation de l’enseignement. Les origines et les héritages sociaux, culturels et économiques continuent malheureusement de jouer un rôle déterminant dans la réussite scolaire et professionnelle. Le fossé ne fait que s’accroître entre les « bons » élèves, généralement issus des milieux favorisés dans les grandes villes, et les « moins bons », en provenance des catégories populaires dans les banlieues et les campagnes. Aujourd’hui, ce déterminisme insupportable est tel qu’un enfant d’ouvrier non qualifié sur deux a deux fois moins de chance de décrocher le bac qu’un enfant de cadre, que les trois quarts des enfants de cadres suivent la filière générale au lycée tandis que la moitié des enfants d’ouvriers se dirigent vers une formation professionnelle, et que les enfants issus de l’immigration ont deux fois plus de chance de compter parmi les élèves en difficulté.

Inexorablement, les inégalités cumulatives entre les origines, les territoires et les établissements s’amplifient. L’évitement scolaire est l’une des causes de la ghettoïsation de notre société. Ce constat, confirmé par les enquêtes PISA qui révèlent que la France est l’un des pays de l’OCDE dont le système scolaire est le plus injuste, est d’autant plus alarmant que notre dépense publique en faveur de l’éducation est particulièrement élevée.

Capture d’écran 2015-09-01 à 17.59.20Pour répondre à ces enjeux pourtant vitaux pour notre pays, il aurait fallu une réforme réfléchie, ambitieuse, globale et structurelle. Au lieu de cela, le gouvernement n’a pas jugé utile d’en débattre au parlement ni même de consulter les professionnels et les parents d’élèves. La ministre Najat Vallaud-Belkacem a improvisé et précipité une réforme qui s’annonce non seulement inefficace, mais aussi inégalitaire. Heureusement, tout n’est pas à jeter et quelques rares mesures pourraient aller dans le bon sens : enseignements interdisciplinaires et personnalisés, autonomie accrue pour les établissements et développement des connaissances numériques.

Mais l’essentiel de cette réforme du collège et des programmes s’annonce contreproductif. En rendant facultatif l’enseignement du siècle des Lumières, un pan fondateur de notre histoire est relégué. Quant aux langues, le latin, le grec, les sections bilingues, européennes et internationales seront réservés à ceux qui ont accès aux établissement onéreux et aux cours particuliers. La logique absurde du gouvernement est la même lorsqu’il entreprend de supprimer la bourse au mérite, pourtant attribuée aux meilleurs bacheliers issus de catégories défavorisées. En cherchant l’égalitarisation des individus à tout prix, la gauche prend le risque de niveler par le bas. Au lieu d’apporter plus à ceux qui en ont le plus besoin, elle finit par donner moins à tous. Quant à la droite, elle a tendance à privilégier l’individualisme au détriment de la solidarité, à conforter les intérêts des uns sans remédier aux inégalités qui frappent les autres.

Au centre, nous refusons de choisir entre égalitarisme et individualisme, entre médiocratie et élitisme. Nous considérons que l’égalité et la liberté sont non seulement compatibles, mais aussi complémentaires puisqu’elles permettent l’excellence pour tous. Il suffit pour cela de mettre en œuvre les valeurs de fraternité et d’humanisme qui caractérisent notre famille politique. Nous croyons en un système véritablement méritocratique où la répartition des positions sociales dépendrait du mérite et des capacités des individus. Ce sont les qualités et les compétences qui doivent déterminer ce que deviennent les citoyens, et non les origines ni les héritages. Les principes d’équité et d’égalité des chances permettent d’atteindre ce cercle vertueux en compensant les inégalités de départ pour assurer à chacun les mêmes conditions de réussite. A l’école, il s’agit d’accorder un traitement différent aux situations différentes afin que chacun puisse être en mesure de démontrer le meilleur de lui-même, dans la voie qu’il aura choisi et qui lui convient le mieux.

À l’UDI, nous considérons que l’éducation doit se concevoir de manière globale en impliquant tous les acteurs, non seulement publics mais aussi ceux des secteurs privés et associatifs. Tout ne doit pas être décidé depuis Paris par le ministère et les syndicats, sans le moindre égard pour l’innovation pédagogique. Il faut déconcentrer et décentraliser les prises de décisions en accordant davantage d’autonomie aux établissements et aux professionnels afin d’apporter des réponses au plus près des problématiques locales et individuelles. Le système scolaire doit être moins uniforme et rigide, il faut que les parcours et les formations puissent être personnalisés tout en renforçant le socle commun des acquis fondamentaux. Le principe du collège unique devrait être revu et les offres diversifiées, par exemple en permettant aux élèves de choisir une spécialisation dès la 4ème. Pour répondre aux nouveaux besoins de la société et pour éviter le décrochage scolaire, il est par ailleurs nécessaire de développer et de valoriser la formation professionnelle et l’apprentissage. Le principe de la taxe d’apprentissage pourrait ainsi faciliter la création de véritables partenariats avec les entreprises afin de proposer des formations adaptées aux besoins du marché du travail. Il faut également généraliser les passerelles, les réorientations et les reconversions afin que chacun ait le droit à une seconde chance au cours de sa scolarité. Sur le plan de l’égalité des chances et de la discrimination positive, l’éducation prioritaire n’a jusqu’à présent pas amélioré la situation puisqu’elle se contentait de saupoudrer ici et là des subventions. Il faudrait par exemple favoriser l’implantation d’établissements d’excellence dans les quartiers prioritaires et dans les zones périphériques. Le recrutement dans les grandes écoles et dans la fonction publique pourrait également être davantage diversifié afin d’être à l’image de la richesse de notre société.

Les enjeux sont connus et les solutions sont nombreuses. Il est donc urgent de mener une réforme d’envergure pour remédier à l’inefficacité et à l’inégalité de notre école. Il est temps de faire primer l’acquis sur l’inné, de concilier l’égalité et la liberté grâce à l’équité.

Contribution de Romain 

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