[Le Progrès] Le chèque énergie : une utilisation encore trop frileuse

Le chèque énergie est adressé automatiquement aux ménages les plus précaires. Point d’étape avec l’union départementale des CCAS et EDF qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour accompagner ce dispositif.

À l’heure où le prix de l’énergie est amené à augmenter de manière tendancielle et tandis que près de 6 millions de ménages éprouvent des difficultés à payer leur facture de gaz ou d’électricité, le chèque énergie (600 millions d’euros) adressé en avril 2018 vise à aider 4 millions de ménages en situation de grande précarité énergétique à payer leurs factures d’énergie. Marylène Millet, Présidente de l’UDCCAS (Union départementale des centres communaux d’action sociale) du Rhône et de la Métropole de Lyon apporte son premier regard rétrospectif.

Quel bilan tirez-vous de l’expérimentation du chèque énergie ?

« Le chèque énergie a été mis en place en mai 2016 dans quatre départements. Cette expérimentation n’a pas été concluante. Le législateur a voulu démontrer sa volonté d’y aller, sans que le résultat ne lui importe réellement. L’UDCCAS a bien essayé d’accompagner le dispositif, avec l’aide de tous les partenaires du secteur de l’énergie. Nous avons organisé des réunions de présentation à tous nos adhérents [CCAS, ndlr], en leur recommandant d’en faire de même avec tous les partenaires du champ social. »

Le chèque énergie serait-il moins efficace que la tarification sociale ?

« Le chèque énergie présente l’intérêt de pouvoir choisir son fournisseur et son moyen de chauffe (fuel, bois), même si l’on peut s’interroger sur la pertinence de subventionner le fuel dans le cadre d’une loi sur la transition énergétique. Le chèque peut être utilisé dans le cadre de travaux énergétiques, ce qui est positif. Il peut être cumulé sur plusieurs années à condition de le préciser lorsque l’on renvoie l’attestation. Il serait question d’en augmenter le montant en 2019, c’est important, mais encore faut-il qu’il soit utilisé. »

Pourquoi le dispositif ne vous paraît pas à ce jour concluant ?

« L’un des écueils majeurs du chèque énergie tient au fait qu’il est lié à la déclaration d’impôts. Or une partie non négligeable des publics précaires ne font pas de déclaration. De plus, le taux d’utilisation du chèque s’avère moyen et le taux de retour de l’attestation, permettant d’obtenir des protections en cas d’incident de paiement est faible. »

Quelles sont les conséquences du non-recours au droit ?

« En 2016, l’UDCCAS et la MRIE (Mission régionale d’information sur l’exclusion) ont mené une enquête régionale par rapport au reste à vivre des personnes sollicitant des aides facultatives en CCAS. Il en ressort que le poste “énergie” est difficile à maîtriser car il est immatériel, on ne voit pas ce que l’on consomme, sauf une fois la facture arrivée. La précarité énergétique est un facteur aggravant de l’échec scolaire. La majorité des gens pauvres vivent dans des passoires énergétiques, source d’une injustice supplémentaire. Il faudrait rénover le parc des copropriétés dégradées, à l’instar du dispositif Ecorenov de la Métropole. »


Article Le Progrès du mardi 27 novembre 2018 par Flavie Martin

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