Le système de santé Français : entre référence mondiale et inégalités internes

imageLe système de santé français est incontestablement performant, au point d’être l’un des plus réputés au monde et de servir de référence pour de nombreux pays. Pourtant, son efficacité et sa réputation sont entachées depuis déjà plusieurs années. Il se révèle particulièrement coûteux et inéquitable selon les territoires et les origines des patients. Comme à son habitude, les récentes mesures du gouvernement pour répondre à ces enjeux s’annoncent inefficaces, si ce n’est contre-productives, et parviennent à mobiliser contre elles l’ensemble des acteurs concernés.

Globalement, l’espérance de vie des Français s’allonge mais les différences de mortalité entre, par exemple, les cadres et les ouvriers sont très fortes. Ainsi, le taux de mortalité par cancer des hommes exerçant des métiers manuels est jusqu’à 75 % supérieur à celui des travailleurs non manuels et est largement supérieur à celui de nos voisins européens. Ces inégalités sont héréditaires puisque les enfants d’ouvriers ont, entre autres risques, 10 fois plus de chances d’être obèses que les enfants de cadres.

Les inégalités d’accès aux soins sont inacceptables. En France, la maladie reste malheureusement une épreuve financière en plus d’être physique et morale. Les milieux modestes sont sévèrement frappés par les dépassements d’honoraires, les déremboursements, les tickets modérateurs, les frais de gestion, les forfaits ou encore les franchises. Entre la baisse des remboursements par la Sécurité sociale et la hausse des tarifs des mutuelles et des complémentaires santé, le reste à charge pour les patients est de plus en plus difficile à supporter. D’autant plus que près de 4 millions de Français ne disposent pas d’une assurance complémentaire.

Une autre faille majeure de notre système de santé concerne les inégalités entre les territoires qui ne cessent de s’accroitre. Plus de 2 millions de Français sont touchés par la désertification médicale, majoritairement dans des zones périphériques éloignées des métropoles qui concentrent déjà la plupart des difficultés économiques et sociales. Le paradoxe veut qu’il y ait de plus en plus de médecins et de professionnels de santé en France, mais qu’il y en ait de moins en moins dans les territoires ruraux et périurbains.

Il résulte de ces maux un phénomène de renoncement aux soins qui conduit à l’aggravation des pathologies et à des risques de santé et de salubrité publiques importants. À ces constats s’ajoutent de nouveaux défis qui pourraient ébranler davantage le système de santé et de soins en France, tels que l’allongement de la durée de vie, qui a augmenté de près de 2 ans au cours de ces 10 dernières années, ou encore la progression exponentielle des maladies chroniques (cancers, maladies cardiovasculaires et respiratoires, obésité, diabète, etc.).

Le gouvernement a heureusement conscience de ces enjeux et a le mérite d’essayer d’y apporter une réponse, aussi mauvaise soit-elle. Le projet de loi de modernisation de notre système de santé, défendu par la ministre Marisol Touraine et qui vient d’être examiné par le Sénat, est articulé autour de 3 axes : développer la prévention, recentrer le système de santé sur les soins de proximité, et faire progresser les droits des patients et la transparence en santé. Une fois parcouru ces éléments de langage, on s’aperçoit rapidement que le gouvernement est encore passé à côté d’une réforme pourtant indispensable. Rares sont les mesures d’envergure, et plus encore celles qui vont dans le bon sens.

Au crédit de ce texte, nous pouvons saluer les quelques dispositions qui pourraient améliorer notre système de santé et de soins. Pour la première fois, la prévention est consacrée comme un pilier de la politique de santé publique, bien que cela ne doit pas faire oublier la décision du gouvernement d’avoir réduit de 25% les crédits de la politique de prévention entre 2014 et 2015. Une autre avancée du projet de loi est celle du droit à l’oubli, laquelle permettra à ceux qui ont souffert d’un cancer de ne plus être tenus de le mentionner dans leurs antécédents médicaux lorsqu’ils contractent un crédit à la consommation ou un prêt immobilier.

Pour le reste, tout est à revoir ou presque tant les avancées sont infimes, si ce n’est inexistantes. Notre système restera tout autant cloisonnées, avec des structures juridiques qui décideront de tout pour tous, à l’image du renforcement des pouvoirs des ARS au détriment des professionnels libéraux.

Ce texte ne favorise pas suffisamment la recherche, l’innovation et l’accès aux progrès thérapeutiques. Il ne prévoit aucune mesure d’envergure pour lutter contre le drame de la désertification médicale ni pour refondre la carte hospitalière. Certaines dispositions ouvrent par ailleurs la voie à des dérives sur le secret médical et la protection des données personnelles sensibles, lesquelles seront bientôt disputées par les géants du numérique faute de garde-fous.

Quant à la question de l’accès aux soins, elle n’est traitée que sous l’angle de la généralisation du tiers payant. Outre le fait que cette fausse bonne idée risquerait de déresponsabiliser notre rapport à la santé, de pousser à la surconsommation médicale, de rendre insoutenable le niveau des dépenses publiques et d’augmenter les démarches administratives des professionnels qui croulent déjà sous la paperasse, cette mesure passe surtout à côté de l’essentiel. En effet, la meilleure façon de réduire les inégalités dans l’accès aux soins est de diminuer le reste à charge pour les patients, lequel atteint des montants insupportables et conduit les plus démunis à renoncer aux soins.

Ce projet de loi tend à étatiser la médecine libérale et à restreindre les choix des patients. Notre système de santé repose pourtant sur deux piliers essentiels, complémentaires et dépendants, l’un public et l’autre privée, ce dernier risquant alors de disparaître à terme. Ni les patients ni les professionnels n’auraient de choix, leur conduite serait donc intégralement dictée par la médecine d’Etat et par l’administration. Le lien de confiance durable entre le patient et le médecin, l’appel au médecin de « famille », le choix de l’établissement où se faire soigner, etc. pourraient bientôt devenir de lointains souvenirs.

Même la méthode employée, ou plutôt son absence, est intolérable. Ce texte a été composé dans la précipitation sur un coin de table à Paris. Le débat était pourtant lancé depuis de nombreuses années mais le gouvernement a préféré passer outre les avis et les recommandations des professionnels de santé, des associations, des syndicats et des élus de l’opposition. Une concertation a bien été improvisée en urgence mais après que le texte ait été déposé à l’Assemblée nationale. Le résultat est que le gouvernement a réussi à mobiliser l’ensemble des professions de santé contre un texte qui n’a pourtant rien de révolutionnaire. Cela faisait près de 20 ans que le monde médical n’était pas descendu aussi massivement dans la rue. Finalement, ce projet de loi ne fait que traduire le manque d’ambition et de courage du gouvernement quant aux nécessaires réformes de notre système de santé publique.

Pourtant, les idées sont nombreuses et les solutions existent. Ces dernières années, l’UDI a formulé plusieurs propositions pour remédier aux carences de notre système de santé et de soins. Nous souhaitons une véritable réforme structurelle pour assurer un accès équitable à des soins de qualité dans un contexte de tension budgétaire extrême.

Pour améliorer la gouvernance et le pilotage du système de santé, nous proposons de redéfinir les objectifs de la politique de santé en associant tous les acteurs du monde médical, de fusionner tous les régimes d’assurance maladie obligatoire en un seul régime universel, de refondre la carte hospitalière ou encore de prévoir un droit à l’information sur le coût réel des prestations de santé dont bénéficie chaque usager. Nous proposons également d’assurer aux professionnels de santé tels que les infirmiers spécialisés une meilleure reconnaissance de leur niveau d’études et des revenus plus attractifs, sans lesquels le niveau d’excellence de recrutement ne pourrait être maintenu, tout en veillant à rendre ce domaine d’activité plus accessible par tous.

Afin de lutter contre les inégalités du système de santé et protéger les plus fragiles, nous souhaitons instaurer un programme régional pour l’accès à la prévention et aux soins des personnes les plus démunies, définir un droit de l’enfant hospitalisé à bénéficier de la présence de ses parents durant son hospitalisation, affirmer un principe selon lequel nul ne peut être exclu du don de sang en raison de son orientation sexuelle, ou encore étendre le droit à l’oubli aux donneurs et aux receveurs d’organes.

Pour assurer un accès aux soins équitable sur l’ensemble du territoire, nous proposons de renforcer les critères de démographie médicale dans la détermination du numerus clausus pour les études de médecine, de substituer à l’examen national classant un internat régional, de prévoir un stage obligatoire dans un territoire touché par la désertification médicale et d’inciter davantage les jeunes diplômés à s’y installer.

Il convient également de décloisonner notre système de santé au profit des patients, en permettant au médecin du travail et aux pharmaciens d’officine d’avoir accès à certaines informations du dossier médical, en instaurant la convergence tarifaire entre public et privé, et en assurant la possibilité pour tous les établissements de santé de participer au Service public hospitalier. Nous pourrions par ailleurs simplifier et harmoniser les informations pour la prise en charge des frais de soins par la complémentaire santé, ou encore intégrer automatiquement les informations de complémentaire santé sur les nouvelles cartes vitales.

Les parlementaires de l’UDI ne manqueront pas d’essayer de faire adopter ces propositions et de revenir sur celles imposées unilatéralement par le gouvernement. Mais il est à craindre que la ministre Marisol Touraine persévère dans cet aveuglement et poursuive le passage en force de mesurettes qui passent à côté de l’essentiel.

1

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *