Retour sur un scandale: la gestion de la villa Gillet

La Villa Gillet est une association loi 1901 créée en 1987 et installée dans le parc de la Cerisaie dans le 4ème arrondissement. Il s’agit d’une institution culturelle qui axe ces recherches et ces dialogues autour de la pensée et des arts contemporains, en organisant plusieurs événements tout au long de l’année : Assisses Internationales du Romain (depuis 2007), La Villa Gillet à New York – le festival Walls and Bridges (depuis 2011), La Villa Gillet en Europe – le prix Franz-Hessel et Mode d’emploi – un festival des idées (depuis 2012)

Dossier Villa Gillet Fédération UDI métropole de Lyon

Une demande subvention bien trop élevée

Laurence Croizier - Groupe UDI Métropole de LyonLors du Conseil de la Métropole du 4 novembre, une délibération demandant une subvention d’un montant de 94 000 € a interpellé Laurence Croizier, conseillère métropolitaine et municipale.

En effet, cette subvention concernait uniquement le Festival Mode d’emploi. Un événement qui dure 15 jours, sur plusieurs villes métropolitaines et hors métropolitaines, dont le coût d’organisation s’élève à 830 695€ . Certes, une subvention est demandée à d’autres organismes tels que la Région, le recto
rat ou le Centre National du Livre, mais ces derniers ont diminué leurs aides de plus de 40%.

A ce sujet, Laurence Croizier demande plus de coordination avec les autres collectivités sur le montant des financements et conclut son intervention avec une mise en garde future :

« Cette année, nous voterons une dernière fois pour l’attribution de cette subvention étant donné qu’elle débute le 16 novembre. Mais comptez sur notre vigilance et notre exigence sur cette manifestation 2015 »

[Intervention de Laurence Croizier au Conseil de la Métropole de Lyon du 2 novembre 2015]

 

L’affaire éclate !

Au début du mois de janvier, l’affaire éclate ! Le Progrès dévoile des détails de l’étude sur le fonctionnement et la gestion de la Villa Gillet par la Chambre Régionale des Comptes (CRC) : un mode de gouvernance non conforme à celui d’une association à but non lucratif pour cause d’une « direction salariée prédominante », un salaire mensuel négocié qui s’élève à environ 10 600€ nets pour Guy Calter, directeur de l’association, et des frais qui atteignent 68 000€ sur l’année 2013.

Quant à la conclusion de la CRC « l’État et les collectivités s’intéressent peu à la façon dont l’argent public est dépensé. […] À la villa Gillet « le suivit et les contrôles exercés par les collectivités publiques sont insuffisants. »

 

Un rapport accablant

Photo Rapport CRC Villat Gillet - Fédération UDI métropole de LyonDébut mars, le rapport définitif de la CRC est publié. Le rapport est accablant. On pointe en vrac :

  • La gouvernance où les membres sont peu nombreux (un Conseil d’administration, une Assemblée générale fantomatique),
  • Une direction salariée prédominante, décisionnaire et une absence de contrat de travail à jour depuis 20 ans et qui plus est, des augmentations salariales importantes non décidées par les organes de l’association –où étions-nous ?-,
  • et, très drôle, un directeur qui n’a pas de délégations formalisées comme la signature. En revanche il l’ Il n’est donc pas responsable. Mais il est sûrement coupable de quelque chose,
  • un financement public dispersé et peu coordonné,
  • des comptes pas fiables,
  • des charges et des frais professionnels trop importants,
  • pas de comptes rendus financiers qui sont pourtant obligatoires

«L’association dispose d’un budget de 3,1M€ en 2013, composé à plus de 94% de subventions publiques, principalement attribuées par l’Etat, la région Rhônes-Alpes, la ville de Lyon et la Communauté urbaine, devenue Métropole au 1er janvier 2015. Malgré le niveau de ces financements, le suivi et le contrôle exercé par les collectivités publiques sont insuffisants. Aucune coordination n’existe entre les finances publics, hormis pour le festival Made d’emploi.  Les charges sont constituées pour une part importante de dépenses de communication (321 k€) et de frais de déplacement du personnel et des invités (419 K€), ainsi que de dépenses de personnel (1 M€), dont le doublement durant la période de contrôle a accompagné l’accroissement de l’activité. L’analyse des comptes démontre que l’association a perçu des subventions publiques supérieures à ses besoins annuels, ce que des opérations comptables irrégulières ont pu masquer. Le retraitement des données en cause montre un situation financière plus favorable que celle affichée. Les comptes, qui n’ont jamais été publiés au cours de la période contrôlée, manquent de transparence sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne les rémunérations des cadres dirigeants et la valorisation des contributions en nature.

Romain Champel - Fédération UDI métropole de LyonSuite à la lecture de ce rapport, les élus UDI de la Métropole de Lyon se posent diverses questions lors des conseils de la Ville de Lyon, de la Métropole et  Régional. Par exemple, Romain Champel, énumère ces questions lors du Conseil Régional :

  • Comment tolérer que cette institution culturelle financée à plus de 90% par de l’argent public, ne fasse l’objet que de si peu de contrôles internes et externes ?
  • Comment accepter que son directeur ait décidé de sa propre augmentation de salaire, le faisant progresser de 55% entre 2008 et 2013 ?
  • Comment comprendre les primes et frais professionnels si fréquents et importants attribués à ce même directeur ?

[Intervention de Romain Champel au Conseil de la Région Auvergne Rhône-Alpes du 17 mars 2016]

Fabienne Levy - Fédération UDI Métropole de LyonFabienne Levy dans son intervention propose des solutions pour parer à ce manque de surveillance comme, par exemple, passer au statut EPCC (Etablissement Public de Coopération Culturelle) ou bien désigner un élu représentant au conseil d’administration. Car, en effet :

« l’association a cruellement manqué de professionnalisme avec des procès-verbaux très insuffisants et des lacunes dans la formalisation des délégations de pouvoirs et une dérive des salaires et du budget. […] Le statut d’association fermée n’est donc plus adapté. On a vraiment le sentiment que c’est une association qui fonctionne entre amis dans laquelle le processus de décision est simple, rapide mais flou. Il faut que les règles de gouvernance figurent dans « le marbre » et y soient gravées. »

[Intervention de Fabienne Levy au Conseil Municipal de la Ville de Lyon du 14 mars 2016]

Les élus UDI de la Métropole de Lyon n’oublient pas la qualité et la diversité de ses programmes, tout comme la reconnaissance mondiale et la fréquentation du public qui augmente régulièrement. Ils regrettent cependant que les événements ne ciblent pas davantage des publics lyonnais, métropolitains, rhônalpins et auvergnats.

Ils demandent très clairement que l’association présente un projet stratégique pour les prochaines années, avec des budgets prévisionnels, et des statuts rénovés, que dans un souci de transparence, un élu représentant de chaque groupe participe au conseil d’administration ou au bureau.

Ce dossier représente des lacunes et des manquements graves de toutes nos collectivités locales, et leur défaillance ne peut pas se résoudre par une tour de passe passe en regrettant la faute sur l’autre. L’enjeu est important : si, en l’espèce, nous ne prenons que des décisions superficielles et légères, quel signe donnons-nous aux autres institutions culturelles ?

La Villa Gillet et les Subsistances sont un élément moteur de notre espace culturel, nous ne sommes pas dans la contestation politique, provincialiste et fallacieuse, voire réactionnaire. Nous sommes juste-là pour une meilleure justice dans une rigueur nécessaire parce que nous aimons notre ville et sa résonance en dehors de ses murs.

[Intervention de Laurence Croizier au Conseil de la Métropole du 21 mars 2016]

AM

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